La difficulté à cerner le rôle de chacun des membres de l’équipe, la diversité
des professions et leur interdépendance sont souvent à l’origine de confusions
entre ce qu’un professionnel a le droit de faire, ce qu’il est capable de faire
et ce qu’il fait. Nous nous trouvons à cette frontière et le risque d’une mise
en cause de sa responsabilité suite à un glissement de tâche est aujourd’hui
bien réel.
Le glissement de tâches, un
risque juridique majeur
Article pris dans la revue
l'aide soignante au édition
Elsevier Masson Décembre 2009
avec leur autorisation
Auteur Carine Grudet Juriste
spécialisé en droit de la santé
L'aide soignante exerce sous la
responsabilité de l'infirmière.
Cette dernière collabore avec
l'aide-soignante avec l'aide
soignante mais ne peut lui
déléguer des tâches
.L'aide-soignante se trouverait
alors dans une situation
d'exercice illégal de la
profession d'infirmière.
Ces
dernières années ont été
marquées par une forte évolution
de l'organisation de notre
système de santé. Cette
évolution, demandant de plus en
plus de technicité et
d'expertise, a nécessité une
adaptation constante des
personnels soignants. Cependant,
ces bouleversements n'ont pas
toujours été accompagnés des
réformes nécessaires à
l'évolution des professions de
santé.
C'est dans ce contexte que,
quotidiennement, le monde
hospitalier s'est familiarisé
avec le glissement de tâche au
point de banaliser, ne mesurant
pas toujours le risque encouru.
La difficulté à cerner le rôle
de chacun des membres de
l'équipe, la diversité des
professions et leur
interdépendance sont souvent à
l'origine de confusions entre ce
qu'un professionnel a le droit
de faire, ce qu'il est capable
de faire et ce qu'il fait.
L'aide soignante se trouve à
cette frontière et le risque
d'une mise en cause de sa
responsabilité suite à un
glissement de tâche est
aujourd'hui bien réel.
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Un métier et une formation
spécifique
En
l'absence de décret de
compétence de la profession
d'aide-soignant, celle-ci se
définit au travers du cadre
législatif de la profession
infirmière. L'article R4311-4 du
code de la santé publique
dispose que lorsque les actes
accomplis et les soins dispensés
« ...l'infirmier ou l'infirmière
peut, sous sa responsabilité,
les assurer avec la
collaboration d'aides-soignants(es) qu'il
encadre et dans la limite de la
qualification reconnue à ces
derniers du fait de leur
formation. »
Les
textes sont sans ambiguïté ;
l'aide-soignante collabore mais
elle n'agit pas par délégation.
Cette collaboration est limitée
aux actes relevant du rôle
propre de l'infirmier et pour
lesquels elle a reçu une
formation. Ainsi, la
sollicitation de
l'aide-soignante se limite aux
soins de confort, d'hygiène et e
surveillance.
Par
ailleurs, le référentiel de
formation liste très précisément
les soins enseignés en
formation. |
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Collaborer n'est pas déléguer
Déléguer est issu du latin
delegare qui signifie
« transmettre, confier une
responsabilité à un
subordonné ».
Collaborer est composé du
préfixe co- qui signifie »avec »
et labor qui signifie
travailler de concert. »
Une
collaboration n'implique donc
pas de transfert de
responsabilité, mais seulement
un travail en équipe, un
partenariat. La collaboration
intervient dans la limite de la
qualification reconnue par la
formation et non par
l'expérience acquise sur le
terrain.
Il
n'est pas toujours facile pour
les soignants de faire la
distinction entre délégation et
collaboration. Pourtant,
déléguer une tâche à une
aide-soignante revient à lui
donner le pouvoir d'exécuter un
geste infirmier pour lequel elle
n'est pas qualifiée et qu'elle
n'est pas autorisée à effectuer.
Les
glissements de tâches les plus
rencontrés sont le premier lever
post-opératoire ainsi que la
distribution de médicaments dans
un établissement de santé (alors
que cela est permis sous
conditions dans un établissement
médico-social
Le risque de l'exercice illégal de la profession d'infirmier
L'aide - soignante n'a pas
toujours conscience qu'accepter
un geste ou un soin ne
représente pas seulement un
simple glissement de tâche.
Souvent vécu comme une
reconnaissance en termes de
confiance et de
professionnalisme,
l'aide-soignante peut être
amenée à ne plus considérer
qu'elle outrepasse ses
fonctions. Le glissement de
tâche devient alors l'habitude,
le quotidien. L'aide-soignante
exerce alors illégalement la
profession d'infirmier.
L'expérience de
l'aide-soignante, ses
connaissances acquises sur le
terrain au cours des années ne
lui permettent pas pour autant
de pratiquer un acte de soins ne
relevant pas de sa
responsabilité, même si cela lui
semble à sa portée.
En
l'état actuel du droit, une
aide-soignante ne peut
intervenir que si l'infirmière a
analysé la situation et organisé
le travail en équipe. Le droit
ne souffre aucune ambiguïté et,
en cas de procès, le juge ne
reconnaîtrait pas l'habitude, la
coutume au mépris de la règle de
droit. La sanction serait
lourde : l'aide-soignante
encourt une peine de deux ans
d'emprisonnement et 30 000€
d'amende. Le 3 septembre 2003,
le tribunal correctionnel de
Paris a d'ailleurs condamné une
aide-soignante à une amende 3
mois de prison avec sursis et
1 000€ d'amende pour exercice
illégal de la profession
d'infirmier. Le tribunal a
constaté les glissements de
tâches, récurrents et connus, y
compris de la direction de
l'établissement de santé. Dans
cette affaire tous savaient,
tous ont été condamnés. Le juge
a rappelé que la surveillance du
patient et les actes y afférant
ne relèvent pas de la compétence
de l'aide-soignante.
Le risque pénal
Les
aides-soignantes doivent prendre
conscience qu'il n'est pas
acceptable qu'elles mettent leur
responsabilité professionnelle
en danger.
L'exercice illégal de la
profession d'infirmier n'est pas
la seule infraction que peuvent
commettre les aides-soignantes.
Elles peuvent être accusées de
mise en danger de la vie
d'autrui voire d'homicide
involontaire, tout simplement
parce qu'à un moment donné elles
auront accepté de pratiquer un
geste qui ne fait pas partie de
leur rôle.
Citons les glissements de
tâches principalement rencontrés
qui peuvent provoquer des
dommages et sont susceptibles
d'être sanctionnés pénalement :
changement de poche de
perfusion, aspiration endo-trachéale,
pose de plâtre, pose de sonde à
oxygène. Plus que jamais, il
appartient à l'aide-soignante de
prendre en considération ce
risque pénal et de refuse tout
glissement de tâche.
Conclusion
L'aide-soignante n'échappe pas à
la « judiciarisation « de la
médecine et peut voir à tout
moment sa responsabilité mise en
cause. Le glissement de tâche
existe. Il est souvent mal vécu
par les professionnels car
synonyme d'un manque de qualité
et de sécurité du patient et
évidemment d'une prise de
risque.
Les
pouvoirs publics penchent
actuellement sur une
harmonisation des législations
afin que la collaboration entre
l'aide-soignante et l'infirmière
soit le plus clairement définie.
Ainsi, l'évolution de la
profession fera peut être
émerger un décret de compétence
d'aide-soignante.
Carine GRUDET juriste
spécialisé en droit de la santé
Hôpital Necker- Enfants Malades
AP HP Paris (75)